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Millepertuis et dépression : interactions et précautions

Millepertuis et dépression : interactions et précautions

Virginie Verglas Mis à jour le 23/07/2026 8 min

Le millepertuis est la seule plante reconnue en France comme médicament dans les états dépressifs transitoires, légers à modérés (VIDAL, Millepertuis (Hypericum perforatum)). C’est aussi celle qui interagit avec le plus de médicaments de toute la phytothérapie : plus de soixante-dix substances ou familles de substances ont été identifiées comme interagissant avec elle, à commencer par la pilule contraceptive. Avant d’en boire une tisane, deux vérifications s’imposent donc, et dans cet ordre : la liste de vos traitements en cours, puis la durée de votre baisse de moral. Et si c’est une période tendue qui pèse sur le moral plutôt qu’une vraie dépression, nos astuces pour combattre le stress n’imposent, elles, aucune vérification d’ordonnance.

Avant de commencer : la plante qui interagit avec presque tout

Le millepertuis est un inducteur enzymatique. L’hyperforine qu’il contient induit l’activité des cytochromes CYP3A4, CYP2C9 et CYP2C19 ainsi que de la glycoprotéine P, c’est-à-dire les systèmes du foie et de l’intestin qui éliminent les médicaments. Résultat : les traitements pris en même temps sont éliminés plus vite, leur concentration dans le sang baisse, et leur effet diminue ou disparaît (Base de données publique des médicaments, RCP MILDAC 600 mg).

Ce n’est pas une précaution de principe. Le résumé des caractéristiques du produit d’un médicament français à base de millepertuis contre-indique formellement son association avec :

  • les contraceptifs œstroprogestatifs et progestatifs, pilule comprise : l’efficacité contraceptive n’est plus assurée, et le risque est une grossesse non désirée ;
  • les antivitamines K et autres anticoagulants oraux ;
  • les antiprotéases utilisées contre le VIH et l’hépatite C ;
  • les immunosuppresseurs, ceux que prennent à vie les personnes greffées ;
  • la digoxine, la théophylline, le vérapamil, la méthadone, plusieurs antifongiques et antiépileptiques, les inhibiteurs de tyrosine kinases.

Le même document est catégorique sur un point qui concerne directement les lecteurs de cet article : le millepertuis « ne doit pas être pris avec d’autres antidépresseurs ». L’association expose à un syndrome sérotoninergique, un excès de sérotonine qui se manifeste par des nausées, des vertiges, une agitation et une confusion, et qui peut être grave. Le risque vaut aussi avec le tramadol, un antalgique très courant.

La règle pratique est simple. Si vous prenez le moindre médicament, y compris une pilule, y compris un traitement que vous jugez anodin, le millepertuis se décide avec votre médecin ou votre pharmacien, pas seul devant un rayon. Et si un antidépresseur vous a été prescrit, le millepertuis ne le remplace pas et ne s’y ajoute pas : un traitement de ce type ne s’interrompt jamais de sa propre initiative.

Les autres précautions à connaître

  • Grossesse et allaitement : l’usage du millepertuis est contre-indiqué pendant la grossesse, et il ne doit pas être pris pendant l’allaitement (RCP MILDAC 600 mg).
  • Soleil : les expositions prolongées aux ultraviolets sont à éviter pendant la prise. Des réactions de photosensibilisation ont été observées, surtout chez les personnes à peau claire, chez qui une exposition même modérée déclenche des rougeurs (VIDAL).
  • Troubles bipolaires : l’usage du millepertuis est déconseillé aux personnes qui en souffrent (VIDAL).
  • Enfants : l’ESCOP déconseille le millepertuis avant six ans (VIDAL).

La tisane de millepertuis, la préparation traditionnelle

Une fois ces vérifications faites, voici la préparation que nos grands-mères transmettaient.

Ce qu’il vous faut

  • 15 g de sommités fleuries séchées de millepertuis
  • 1 litre d’eau
  • Une théière ou un bol et une passoire fine

La préparation

  1. Portez le litre d’eau à frémissement, puis retirez du feu.
  2. Versez l’eau sur les 15 g de fleurs séchées.
  3. Laissez infuser une dizaine de minutes à couvert.
  4. Filtrez, et buvez une tasse à la fois.

Comme toute infusion, elle se boit dans la journée : ce qui reste le lendemain se jette. Reste la question que cette recette ne tranche pas, et qu’elle n’a pas à trancher : combien de tasses, et pendant combien de temps. Sur une plante qui compte autant d’interactions, la quantité quotidienne et la durée d’une cure se fixent avec votre médecin ou votre pharmacien, au vu de vos traitements en cours, exactement comme la décision d’en prendre ou non.

Le millepertuis se trouve aussi en pharmacie sous forme d’extrait titré, en comprimés ou en gélules. Ce sont ces formes-là, dosées et standardisées, qui ont été étudiées et reconnues comme médicaments : une infusion maison n’apporte ni la même quantité de principes actifs ni la même régularité d’une tasse à l’autre. Cela ne la rend pas plus sûre pour autant, car les interactions décrites plus haut valent pour la plante, quelle que soit la façon dont on la prend.

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Ce qu’on en sait

Les résultats des études cliniques ont été jugés suffisamment convaincants par les autorités sanitaires de plusieurs pays, dont la France, pour reconnaître les produits à base de millepertuis comme des médicaments dans la dépression transitoire légère à modérée. C’est la seule plante à bénéficier de cette reconnaissance (VIDAL).

Il faut lire cette phrase pour ce qu’elle dit, et pas pour ce qu’on aimerait qu’elle dise. Elle parle d’états dépressifs transitoires, légers à modérés, ce qui n’est pas la même chose qu’une dépression installée. Et elle ne fait pas du millepertuis une option plus douce que les médicaments : au vu de sa liste d’interactions, c’est même l’inverse qui est vrai pour beaucoup de gens. « Naturel » ne veut pas dire « sans conséquence ».

Pour les coups de blues passagers, la lumière du jour, le sommeil et l’activité physique gardent toute leur place, et nous avons rassemblé ailleurs nos astuces pour surmonter un coup de blues. Si votre moral baisse chaque année à la même saison, la dépression saisonnière a ses propres réponses.

Quand consulter un médecin

La dépression n’est pas un sujet d’automédication, et c’est le point le plus important de cet article. Une plante peut accompagner un passage à vide ; elle ne remplace pas un diagnostic.

Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant si :

  • la tristesse, la perte d’intérêt ou le découragement durent plus de quinze jours, presque tous les jours ;
  • vous reconnaissez plusieurs signes associés : troubles du sommeil, changement de poids, fatigue intense, difficultés de concentration, dévalorisation de soi, vision très négative de l’avenir.

Ces repères sont ceux de l’Assurance Maladie, qui retient au moins cinq symptômes présents plus de quinze jours pour parler d’épisode dépressif caractérisé, et qui souligne qu’il est « très important de détecter précocement un premier épisode dépressif » parce que le traitement atténue alors rapidement les symptômes (ameli.fr, Dépression : symptômes, diagnostic et évolution).

Si vous avez des idées noires, ne restez pas seul avec elles. Les idées de suicide sont fréquentes dans la dépression. Le 3 114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 : un infirmier ou un psychologue formé à la prévention du suicide vous écoute, et l’appel est confidentiel. Il s’adresse aussi aux proches. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112 (ameli.fr, Crise suicidaire : agir avant la tentative de suicide).

Le millepertuis reste une belle plante du répertoire familial, et sa reconnaissance officielle n’est pas rien. Mais c’est une plante qui se prend en connaissance de cause, après un coup d’œil à son armoire à pharmacie, et jamais à la place d’un avis médical quand le moral ne remonte pas.

FAQ

J’ai pris du millepertuis en même temps que ma pilule, que faire ?

Parlez-en sans attendre à votre médecin ou à votre pharmacien : lui seul dira s’il faut une contraception complémentaire, et pour combien de temps. Le résumé des caractéristiques du produit décrit, pour le contraceptif hormonal, un « risque de baisse d’efficacité voire d’annulation de l’effet », avec la survenue d’une grossesse pour conséquence possible. Un repère utile pour cette conversation : l’activité enzymatique revient à un niveau normal environ une semaine après l’arrêt du millepertuis (RCP MILDAC 600 mg).

Faut-il prévenir son médecin quand on arrête le millepertuis ?

Oui, autant que lorsqu’on le commence. Le millepertuis modifie la façon dont l’organisme élimine les autres médicaments : votre médecin est le seul à pouvoir dire si un traitement en cours demande d’être réévalué, à la prise comme à l’arrêt. Signalez-lui donc les deux moments.

Peut-on en donner à un adolescent ?

Pas de sa propre initiative. L’ESCOP déconseille le millepertuis avant six ans, mais l’âge n’est pas la seule question : une souffrance psychique chez un jeune s’évalue avec un médecin. Le 3114 répond aussi aux proches qui s’inquiètent pour quelqu’un.

L’huile de millepertuis pose-t-elle les mêmes problèmes ?

C’est un autre produit et un autre usage. L’huile de millepertuis est un macérat qui s’applique sur la peau, jamais par la bouche. Elle a ses propres précautions, la photosensibilisation en tête, mais elle ne se boit pas et ne remplace pas la préparation décrite ici.

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Portrait de Virginie Verglas

Virginie Verglas

Journaliste et autrice, Virginie a fondé Grands-Mères.net en 2011. Son nouveau livre, « Ma Bible des remèdes naturels », vient de paraître.

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